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Etude sur l originalite de la demarche autobiographique yourcenarienne
Scris de mihaiela lazar   
Joi, 08 Mai 2014 15:58

ÉTUDE SUR L’ORIGINALITÉ DE LA DÉMARCHE AUTOBIOGRAPHIQUE YOURCENARIENNE

 

Prof. Surdu Alina-Daniela

Liceul Tehnologic Alexandru Vlahuță Șendriceni

 

Résumé : Marguerite Yourcenar a connu le succès mondial avec les „Mémoires d’Hadrien” et „L’Œuvre au Noir”, mais au-delà et à l’ombre de ces romans célèbres on trouve encore des grandes réalisations littéraires. Cette démarche se propose à attirer l’attention sur Le Labyrinthe du monde, mémoires d’un genre nouveau ou elle explore sa filiation et l’histoire de ses ancêtres et parents.

 

Bien que la qualité d’autobiographie du Labyrinthe du monde fût parfois contestée (considéré chronique familiale, roman familial, roman autobiographique  ou mémoires) on doit au moins reconnaître son caractère autobiographique et l’originalité de l’approche. La définition de Philippe Lejeune constitue le point de départ pour ceux qui affirment le statut d’autobiographie de ce livre, mais aussi pour ceux qui l’infirment. On est tenté d’accepter son opinion avisée qu’il s’agit d’une autobiographie[1]. De plus, sur le plan de l’analyse interne du texte il n’y a aucune différence entre l’autobiographie et le roman autobiographique[2]. Il y a des éléments, à la lisière du texte qui faisaient la différence : le nom propre et le contrat (il a imaginé sous la forme d’un contrat unique ²un double processus : l’engagement et le système de présentation choisi par l’auteur et le mode de lecture choisi par le lecteur.²[3]).

²Pour l’autobiographe, comme pour n’importe quel écrivain, rien, pas même sa propre vie, n’existe avant son texte ; mais la vie de son texte, c’est sa vie dans son texte. Pour n’importe quel écrivain, mais peut-être consciemment que pour l’autobiographe (s’il est passé par l’analyse) le mouvement et la forme même de la scription sont la seule inscription de soi possible, la vraie «trace» indélébile et arbitraire, à la fois entièrement fabriquée et authentiquement fidèle²[4].

Le centre du domaine autobiographique, domaine prétendu non-fictionnel, est l’aveu. Un bon autobiographe s’interdit les artifices, les arrangements, les inventions, mais il ne manque pas de modalisations qui permettent de donner corps malgré tout à ses pensées : l’hypothèse, la rêverie, l’élan lyrique, le jeu humoristique.

Marguerite Yourcenar, dont la naissance fut violente, la raconte d’après les récits qui lui ont été faits, en l’absence de tout souvenir, mais elle préfère l’idée de la métempsycose aux théories des psychologues modernes :

²La nouvelle – née criait à pleins poumons, essayant ses forces manifestant déjà cette vitalité presque terrible qui emplit chaque être, même le moucheron que la plupart des gens tuent d’un reverse de la main sans même y penser. Sans doute, comme le veulent aujourd’hui les psychologues, crie-t-elle l’horreur d’avoir été expulsée du lieu maternel, la terreur de l’étroit tunnel qu’il lui a fallu franchir, la crainte d’un monde où tout est insolite, même le fait de respirer et de percevoir confusément quelque chose qui est la lumière d’un matin d’été. Peut-être a-t-elle déjà expérimenté des sorties et des entrées analogues, situées dans une autre part du temps ; des confuses bribes de souvenirs, abolis chez l’adulte, ni plus ni moins que ceux de la gestation et de la naissance, flottent peut-être sous ce petite crâne encore mal suturé. Nous ne savons rien de tout cela : les portes de la vie et de la mort sont opaques ; et elles sont vite et bien refermées².[5] 

Yourcenar met en exergue les difficultés de son entreprise (se montrer authentique et affronter l’irréalité des souvenirs), elle l’avoue dès le début : ²Je m’arrête prise de vertige devant l’inextricable enchevêtrement d’incidents et de circonstances qui plus ou moins nous déterminent tous.²[6]

Elle parle du bébé qu’elle fut à la troisième personne, selon le système adopté dès la première page : ²L’être que j’appelle moi…², ²Ce bout de chair rose², ²La nouvelle-née ²; on note une certaine distance par rapport à ce qu’elle a été enfant, due peut-être au fait que ses souvenirs sont données par d’autres gens (souvenirs reçus de dixième main, lettres, feuillets), réinterprétés par trop d’individus.

Ces retours en arrière, ces digressions dans le passé sont autant des ouvertures ludiques, car Marguerite Yourcenar n’en sait plus sur sa naissance que chacun de nous sur la nôtre. Dans son cas se manifeste à la fois par une surprenante oscillation entre ses ascendants réels et ceux adoptés. Elle aurait préféré avoir parmi ses ancêtres Hendreckje Stoffels, par exemple, servante, modèle et concubine de Rembrandt ; la complexité et la profondeur de la peinture de celui-ci plaident pour ce choix - Bethsabée, Louvre. ²J’aurais préféré pour arrière-grand-tante Hendreckje Stoffels ( …) qui adoucit de son mieux les dernières années du malheureux grand peintre, et par malchance mourut avant lui : Hendreckje avec ses paupières un peu bouffies de domestique levée trop tôt, et son corps fatigué et doux, teinté d’ombres grises(…). On aimerait se rattacher si peu que ce soit à cet homme auquel nul de nos maux ni de nos lueurs ne fut étranger²[7].  À propos de la découverte de son premier ascendant qui s’appelait Adriansen, l’auteure passe en revue d’autres porteurs de ce nom qu’elle ne peut pas associer au réseau de sa famille par manque de preuves: un certain Cornélius Adriansen, cordelier, qui vécut vers le milieu du XVIe siècle; Henri Adriansen, sorcier qui monta sur le bûcher à Dunkerque en 1597; un autre Adriansen, écumeur de mer, sous Philippe IV. Bien qu’elle n’en soit pas sûre, elle les considère ses parents pour le simple fait d’avoir existé. 

Marguerite Yourcenar avoue qu’elle aurait aimé avoir parmi ses ascendants Simon Adriansen de L’œuvre au Noir, le seul lien avec les autres Adriansen étant son nom, comme dans un autre cas, celui de Rubens-Rembrandt (aïeul réel-aïeul choisi), les deux n’ont que la peinture de commun. Chaque œuvre est la projection de la personnalité de son auteur (surtout l’œuvre autobiographique) et les personnages sont des représentations de sa disponibilité protéiforme, le pouvoir de prendre des multiples formes, de se présenter sous les aspects les plus divers. L’auteure désigne elle-même les personnages avec lesquels elle aimerait s’apparenter, comme dans le cas de Martin Cleenewerck qu’elle a adopté de cousin même si elle n’a pas pu prouver la liaison de sang.

La fusion des personnages réels et imaginaires est poussée jusqu’à l’hallucination ayant pour résultat des épisodes émouvants. Ignorant la dimension temporelle et gardant seulement la dimension spatiale, les personnages réels rencontrent les personnages imaginaires, parfois malgré les siècles qui les séparent. Dans Souvenirs pieux, Octave Pirmez et sa mère, Irénée Drion, rencontrent Zénon sur la plage de Heyst. Le point de départ : en 1965, Marguerite Yourcenar travaillait à L’œuvre au Noire; elle en avait besoin d’un petit port maritime près de Bruges, un lieu peu connu pour placer la mort de Zénon (1568). Elle choisit le petit village de pêcheurs, Heyst. En 1671, pendant la documentation pour Souvenirs pieux, elle a découvert qu’Octave Pirmez et Irénée Drion avaient fait leur villégiature à Heyst, en 1880, loin de stations en vogue. La scène est complexe et illustre le caractère mystérieux des rapports entre l’écrivain et les personnages de son œuvre, car dans cette scène se rencontrent l’homme nu (Zénon, en train de se baigner), le monsieur en costume blanc (Octave Pirmez), le frère mort d’Octave (une partie de la conscience de celui-ci) et la petite Fernande (la mère de l’écrivaine) qui, par sa présence, lui ouvre une voie d’accès vers ce monde auquel elle peut maintenant accéder.

Chez Marguerite Yourcenar, l’autobiographie est loin d’être une démarche égocentrique, elle s’inscrit dans l’histoire représentant une ouverture au monde. La formule autobiographique choisie par Marguerite Yourcenar se soustrait à la règle commune de tout réduire à soi, le discours autoréférentiel est fragmenté, parcimonieux, austère.

CORPUS D’ETUDE : L’OEUVRE DE MARGUERITE YOURCENAR

Le Labyrinthe du Monde (3 tomes) :

- Souvenirs pieux, Gallimard, 1974

- Archives du Nord, Gallimard, 1977

- Quoi ? L’Eternité, Gallimard, 1988

 

BIBLIOGRAPHIE

Philippe Lejeune, Moi aussi, Collection Poétique, Éditions du Seuil, Paris, 1986 ;

Philippe Lejeune, Le pacte autobiographique, Collection Poétique, Éditions du Seuil, 1975 ;

Philippe Lejeune, Je est un autre. L’autobiographie de la littérature aux médias, Collection Poétique, Editions du Seuil, 1980 ;

Josyane Savigneau, Marguerite Yourcenar : L’invention d’une vie, Gallimard, Paris, 1990 ;

Revues :

-          Cahiers Confrontation, no 1, printemps, 1979

-          Le Monde, 20 septembre, 1991

Pages web:

-          www.cidmy.com

-          www.alalettre.com

-          http://fr.wikipedia.org/wiki/Marguerite_Yourcenar




[1] Philippe Lejeune, Moi aussi, chapitres Douze débuts d’autobiographie et Autobiographies

[2] Idem, L’Autobiographie en France, A. Colin, 1975, p. 24

[3] Philippe Lejeune, Moi aussi, p. 75

[4] Écrire sa psychanalyse, Cahiers Confrontation no. 1, printemps, 1979, p. 105

[5] Marguerite Yourcenar, Souvenirs pieux, p. 33

[6] Ibidem, p. 11

[7] Marguerite Yourcenar, Archives du Nord, p.82

 

Ultima actualizare în Miercuri, 14 Mai 2014 20:48
 

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